Journal des ateliers d’écriture
Les coulisses de mes ateliers d’écriture
La première phrase
Ces derniers mois ont été marqués par les relectures. Relire, c’est habiter un texte comme on habite un lieu, s’y installer, puis en repartir un peu transformée. Écrire, traverser, ressentir.
J’ai lu ces textes tout en habitant le mouvement…entre deux gares, dans le grondement des rails et le souffle des départs.
J’aimerais partager quelques passages que j’ai pris plaisir à relire au fil des semaines.
Ici, un texte qui frappe par sa brutalité :
« La bouche entrouverte donne à voir une cavité dans laquelle on s’est acharné à arracher toutes les dents et à sectionner une partie de la langue. Son expression indique qu’il a traversé un long moment de souffrances terribles. Tout ce qui a été ôté au cadavre est éparpillé autour de lui. »
Catherine Prompt, Paradoxe en milieu judiciaire
Et ce passage, qui montre une puissance dans l’évocation de l’été :
« Le temps s’était retiré de la plage. Il s’était interminablement étiré au moment où la surface de l’océan se parait d’un châle d’argent. Tout s’éclairait de la lueur de l’évidence. Chaque pierre, évidente. »
Quentin Vibet, En souvenir d’été
Et puis il y a ces mots qui décrivent sensiblement des êtres :
« Betty, je la perçois dans un ralenti extrême, s’approche de la table, saisit délicatement un pot entre ses mains et me le tend. Nous nous regardons avec tendresse. J’ai la sensation très forte de tenir un écrin contenant toute l’affection que nous nous portons mutuellement. »
Catherine Prompt, Douceur Provençale
Des phrases longues qui tiennent leurs promesses : l’intrigue, le suspense, l’ambiguïté des personnages :
« Manquerait plus que Bardin et les deux collègues de la Brigade des Stups, avec qui il avait prévu de suivre le match, m’attendent devant chez moi après leur soirée bière-pizza pour une troisième mi-temps foutage-de-gueule-du-nouveau, du petit « bleu » comme ils disent dans leur langage de l’ancien temps. Ce serait la cerise de l’humiliation sur le gâteau de la honte ! Manquerait plus… »
Alain Olivier, Jamais en solo
La plupart de ces textes portent en eux les germes d’un projet littéraire, souvent à ses débuts. Il m’arrive de recevoir un mail au milieu de la nuit ou tôt le matin : l’auteur ou l'autrice m’écrit qu’il ou elle a revisité son texte, qu’il ou elle est allé(e) plus loin cette fois. Cette fois, il ou elle pense enfin tenir quelque chose, et ose affronter le doute inhérent à tous les premiers pas.
Je vous souhaite de franchir le vôtre.
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